(Le Caire) – Les militaires egyptiens sont revenus au devant de la scène politique pour le contrôle des leviers législatifs sur fond de relançe des tensions, quelques heures avant le deuxième tour de la présidentielle qui oppose un proche de l’ancien président Hosni Moubarak au candidat islamiste.
La justice égyptienne a déclaré « illégal » le Parlement, dominé par les islamistes, provoquant la colère des Frères musulmans qui parlent d’un « coup d’Etat » des militaires. La cour constitutionnelle a également maintenu la candidature contestée d’un proche de Hosni Moubarak, l’ancien général Ahmad Chafiq, à l’élection présidentielle qui affrontera Mohammed Morsi, le candidat des Frères musulmans.
La cour a ouvert ainsi la voie à une mise hors-jeu du Parlement, en jugeant « illégales » les conditions d’élection de l’ensemble des députés. Les résultats s’étaient traduits par un raz-de-marée islamiste, avec près de la moitié des sièges revenant aux Frères musulmans, et près d’un quart aux fondamentalistes salafistes.
En neutralisant le parlement à majorité islamiste et en validant la candidature de l’ancien général de l’aviation, l’armée a montré qu’elle ne compte pas quitter la scène, ni laisser filer ses privilèges. Les généraux ont promulgué mercredi un décret autorisant les arrestations de civils pour n’importe quel motif.
La neutralisation du Parlement permet au Conseil suprême des forces armées (CSFA) de récupèrer le pouvoir législatif jusqu’à l’élection d’un nouveau Parlement.
Selon des sources militaires, le Conseil suprême des forces armées (CSFA), qui dirige le pays depuis la chute de M. Moubarak en février 2011, pourrait annoncer qu’il assumerait directement le pouvoir législatif après la décision de la cour.
Un dirigeant des Frères musulmans, Mohammed Beltagui, a dénoncé ce « coup d’Etat » et a critiqué la décision de la cour constitutionnelle d’invalider une loi sensée frapper d’inéligibilité Ahmad Chafiq, le dernier Premier ministre de Hosni Moubarak.
La loi dite « d’isolement politique » avait été adoptée en avril par le Parlement pour frapper d’inéligibilité les plus hauts dirigeants de l’ancien régime.
Ahmad Chafiq doit affronter samedi et dimanche pour le second tour de la présidentielle le candidat des Frères musulmans, Mohammed Morsi, dans un duel crucial pour l’orientation politique du pays près d’un an et demi après la chute de Hosni Moubarak.
L’annonce de ces arrêts de la cour intervient dans un contexte tendu, comme en témoigne la décision mercredi de rendre à la police militaire et aux services de renseignement de l’armée le pouvoir d’arrêter des civils. Cette possibilité avait été levée le 31 mai 2012 avec la fin de l’état d’urgence, qui était en vigueur sans discontinuer depuis 1981.
Dix-sept organisations égyptiennes de défense des droits civiques ont dénoncé jeudi une mesure « sans base légale » et qui « est en contradiction flagrante avec la levée de l’état d’urgence ».
La tension politique est également montée d’un cran après le verdict rendu le 2 juin dans le procès de Hosni Moubarak et plusieurs de ses proches, jugé trop clément par de nombreux Egyptiens.
L’ancien président a été condamné à la prison à vie pour ne pas avoir empêché la mort de manifestants lors du soulèvement contre son régime l’an dernier.
Mais six hauts responsables de la police ont été acquittés, et toutes les charges de corruption contre Hosni Moubarak et ses fils Alaa et Gamal ont été déclarées prescrites.

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